louis_guilloux-prix2024|Aliette Armel

La Bibliothèque municipale de Plougrescant participe, comme 58 bibliothèques et 2 réseaux des Côtes d’Armor, au prix littéraire Louis Guilloux, coordonné par la BCA, Bibliothèque départementale des Côtes d’Armor.

Le prix Louis Guilloux est décerné depuis 1983 par le Département des Côtes d’Armor à un auteur dont le roman ou le récit en langue française s’inscrit dans la lignée littéraire de l’écrivain de Saint-Brieuc : Louis Guilloux (1899 – 1980). L’auteur du Sang noir (1935) était proche de la littérature prolétarienne, celle qui donne la parole à ceux qui, d’ordinaire, en sont exclus, qui se retrouvent en première ligne des guerres, qui travaillent beaucoup et gagnent peu. Son ami Albert Camus disait de Louis Guilloux qu’il était le romancier de la douleur. Mais aussi de l’empathie qu’il sait susciter à l’égard de ses personnages. Socialement engagé, il s’employait à traquer l’injustice. Curieux et méthodique, il nourrissait son oeuvre d’observations précises de ses contemporains mais aussi d’une documentation importante.

Le prix Louis Guilloux est un prix citoyen : les jurys de lecteurs sont constitués dans chaque bibliothèque municipale participante. Il suffit d’être inscrit dans une de ces bibliothèques et de lire au moins 6 des 10 livres sélectionnés pour pouvoir participer au vote qui aura lieu de juin au 15 septembre 2025 sur un site dédié.

La découverte des 10 ouvrages de la sélection effectuée par des professionnels du livre parmi les ouvrages publiés à la rentrée littéraire de l’hiver 2025 est toujours une belle surprise. En voici la liste…

Liste des 10 ouvrages sélectionnés pour le prix Louis Guilloux 2025

  • Bûcheron, de Mathias Bonneau (éd. du Seuil)
  • L’avenue de verre, de Clara Breteau (éd. du Seuil)
  • Théorie de la disparition, de Séverine Chevallier (éd. La Manufacture de Livres)
  • La nef de Géricault, de Patrick Grainville (Julliard – éd. du sous-sol)
  • La colline qui travaille, de Philippe Manevy (Le Bruit du Monde)
  • Les Vivants, les Morts, vingt ans plus tard, de Gérard Mordillat (éd. Calmann-Levy)
  • Nous nous parlons d’un lieu où tout est fragile, de Judith Perrignon (éd. L’Iconoclaste)
  • Les bons sentiments, de Karine Sulpice (éd. Liana Levi)
  • Neuf-trois, d’Anne Weber (éd. Philippe Rey)
  • Les Saules, de Mathilde Beaussault (éd. du Seuil)
Mathilde, Les Saules

Allongée au bord de la rivière, cachée par les saules pleureurs, Marie, dix-sept ans, semble paisible, endormie, ce que démentent les marques sombres sur son cou.
Sa mort brutale ébranle toute la communauté, et surtout Marguerite, une petite fille solitaire que tous croient simple d’esprit. Ses parents, peu enclins à manifester leur affection, travaillent leur terre du matin au soir. Livrée à elle-même, maltraitée à l’école, elle aime se réfugier au bord de la rivière, où elle se sent en sécurité sous les saules.
Cette nuit-là, elle a vu quelque chose. Elle voudrait bien aider Marie, la seule qui était gentille avec elle. Mais voilà, Marguerite ne parle pas, ou presque jamais. Mutique derrière sa chevelure sale et emmêlée, elle observe l’agitation des adultes qui, gendarmes ou habitants, mènent l’enquête. Mais comment discerner la vérité parmi les rumeurs, les rivalités familiales et les rancœurs tissées de longue date ?

Une nouvelle voix à découvrir absolument !

Née en Bretagne au début des années 1980, Mathilde Beaussault, fille d’agriculteurs, a trouvé dans ses origines la matière de son premier roman.

Louis Guilloux - Beaussault I Aliette Armel
Louis Guilloux-BonneauIAliette Armel
Mathias Bonneau, Bûcheron

« La forêt est un écosystème. J’y coupe du bois, c’est mon métier. Mais qu’est-ce que la relation d’un petit humain à un écosystème, quand il s’y rend avec une tronçonneuse ? Comment dire la fluidité que l’on peut trouver dans les gestes, raconter les silhouettes des arbres qui dansent entre elles ? Comment parler de lumière et de mouvement immobile ? »

Fils d’agriculteurs, Mathias Bonneau a d’abord fui les paysages où il a grandi. Mais après des études d’architecture, il se plonge dans les forêts familiales et décide de devenir bûcheron. À partir du récit de ses douze premières saisons au bois, il livre dans ce texte puissant et sensible une réflexion sur le travail manuel et ce qu’il nomme le « virus de la forêt ».

Mathias Bonneau est bûcheron dans le Tarn.

Clara Breteau, L’avenue de verre

Anna est née de père inconnu aux yeux de l’état civil. Ce père, elle le connaît pourtant. Arrivé d’Algérie en 1962, il travaillait comme laveur de carreaux. Anna croisait souvent sa silhouette, en scooter dans les rues de Tours, transportant sur son dos son matériel et son échelle.

Sur l’avenue de verre qui traverse la ville, il a passé sa vie à effacer des traces. Après sa mort, Anna tente, elle, de retrouver d’autres signes estompés, ceux de la relation qui les a unis mais également ceux du monde qu’il a quitté, de l’autre côté de la mer. Ceux d’un drame qu’elle suspecte mais qui demeure voilé.

Dans cette émouvante quête intime, Clara Breteau renoue avec un père dont le métier était de faire corps avec les vitrines qu’il nettoyait – tour à tour cloisons qui séparent et surfaces où les signes se déposent. En jouant sur les transparences et les opacités de l’histoire familiale et coloniale, l’écriture touche au plus près ce qui était resté scellé, pour mieux retisser la mémoire.

Clara Breteau vit à Tours. L’avenue de verre est son premier roman.

Louis Guilloux-Breteau | Aliette Armel
Louis Guilloux-Chevalier | Aliette Armel
Séverine Chevallier, Théorie de la disparition

Mylène se considère lucidement comme l’intendante de son mari Mallaury. Une vie simple et banale dans laquelle elle s’occupe de son foyer avec une grande minutie, prolongement du travail consciencieux exercé au service municipal de la ville de Saint-Étienne, quand elle vérifiait les habitations afin de prévenir tout risque de destruction. Mylène veille à ce que Mallaury ne manque de rien, surtout depuis que ses romans connaissent le succès. L’accompagnant dans tous ses déplacements, elle traque le moindre défaut, lisse le moindre pli. Mais un soir, lors d’un dîner entre écrivains, Mylène fait une rencontre qui l’amène à agir étrangement : elle se laisse disparaître. En échappant à son mari pour la première fois, elle se confronte au passé et sort de son silence. La femme de l’écrivain commence à écrire.

Avec Théorie de la disparition, Séverine Chevalier déploie l’épopée minuscule d’une femme qui pense n’avoir rien à dire – à peine à exister. Une réflexion romanesque autour de la réappropriation et du ressaisissement de soi portée par une écriture sensible et marquante.

Patrick Grainville, La nef de Géricault

Géricault a vingt-six ans quand il entreprend de mettre en scène un fait divers retentissant : le naufrage de La Méduse qui a eu lieu, deux ans plus tôt, en 1816. Géricault ose ! Il joue sa vie qui sera courte sur un tableau géant. Il affronte, seul, la toile blanche qu’il vient d’acheter, cinq mètres de haut et sept de large. C’est un défi, une invraisemblable prouesse dans l’atelier parisien du Roule. Entre 1818 et 1819, il se bat avec ses démons. C’est la fin de la passion clandestine qui le lie à sa tante par alliance, Alexandrine. Le radeau est d’abord un naufrage intime avant de devenir politique. Géricault fait parler les rares témoins survivants de la catastrophe qui se succèdent, les modèles souvent célèbres dont Eugène Delacroix. La nuit tombe, Géricault vient regarder sa journée de travail, ses esquisses, ses portraits. Son corps- à-corps avec le chef-d’œuvre l’épuise. Il est dévoré par le doute. Il meurt en ignorant que le Louvre va acheter, enfin, la Nef de sa folie clairvoyante. Le Radeau de la Méduse que le monde entier vient aujourd’hui contempler.

Louis Guilloux-Grainville |Aliette Armel
Louis Guilloux-Manevy | Aliette Armel

« J’écris pour que les êtres et les liens qui les unissent cessent de se distendre et de disparaître. »

Philippe Manevy, La colline qui travaille

Le bruit d’un téléphone, l’odeur de l’eau de Javel, le goût d’un nescafé… Philippe Manevy tire le fil du souvenir et tisse l’étoffe d’un roman familial sur quatre générations en commençant justement par le personnage d’Alice, sa grand-mère maternelle, tisseuse de métier. Pointilleuse et déterminée, elle devint la figure de proue d’un mouvement ouvrier au lendemain de la victoire du Front Populaire. Très vite, René, son époux, fait son apparition dans le récit. Ancien sportif, il fut un typographe possiblement engagé, avec d’autres héros de l’ombre, dans un acte spectaculaire de résistance. Tous deux parents dévoués de Martine, ils seront prêts à tout pour assurer le futur de leur fille studieuse et appliquée.
Chaque chapitre met en lumière un membre de la famille aux prises avec les épreuves que lui réservent son époque et l’existence. Apparaissent progressivement des liens entre eux et des échos que l’auteur consigne ici, sans rien cacher des doutes qui surgissent au fil de son travail d’écriture. Et l’on traverse ainsi deux guerres mondiales, des crises économiques, les Trente glorieuses, les espoirs et les désillusions du XXème siècle.
Déclaration d’amour et hommage vibrant à la classe ouvrière, La colline qui travaille revigore le genre de la chronique familiale et offre au lecteur un sentiment de réconfort et de douce nostalgie.

Gérard Mordillat, Les Vivants, les Morts, vingt ans plus tard

Après la fermeture de la Kos, l’usine où elle travaillait, Dallas avait juré de ne jamais remettre les pieds à Raussel. Vingt ans plus tard, la mort de son père l’y contraint.
En ville, tout a changé. Property, un entrepôt de vente en ligne, a remplacé la Kos ; la mairie est passée à l’extrême droite ; le cinéma, les cafés, les commerces ont fermé.
Depuis que leur fille a disparu, Dallas et Rudi vivent chacun de leur côté, hantés par les mille questions qui les tourmentent.
Ève est-elle vivante ? Est-elle morte ? Tant qu’ils ne l’auront pas retrouvée, qu’ils n’auront pas percé le secret de sa disparition – de tout ce qui a disparu –, l’amour ne pourra renaître entre eux. Alors ils se battent et ne renoncent à rien, « à jamais différents de ceux pourvus de tout ».

Contemporain, violent, romantique, Les Vivants et les Morts, vingt ans plus tard résonne comme un coup de hache contre la porte du temps.

Louis Guilloux-Mordillat | Aliette Armel

« Elle plisse les yeux, fait quelques pas sur le quai et s’arrête. Personne ne l’attend. Comment pourrait-il en être autrement ? ».

Louis Guilloux-Perrignon | Aliette Armel
Judith Perrignon, Nous nous parlons d’un lieu où tout est fragile

Avec son talent d’évocation, l’autrice raconte la vie d’un homme, ses silences, sa poésie.

Judith Perrignon est journaliste et romancière. Elle coanime un atelier d’écriture dans un centre d’hébergement d’urgence du Samu social à Paris. C’est là qu’elle a rencontré Rachid, il y a cinq ans. Il avait alors déjà plus de 80 ans. En atelier, puis en tête-à-tête, elle écoute les souvenirs de cet homme, né en 1935 à Annaba, en Algérie. C’est comme écouter le récit d’une tempête en Méditerranée et deviner le chassé-croisé de soldats français en permission et de jeunes Arabes allant chercher du travail, en pleine guerre d’Algérie. Rachid est l’un de ces messagers de l’Histoire que personne ne voit ni n’entend. Ses souvenirs sont comme des éclats de verre.  » Il y a les plus gros, coupants et dangereux qu’on ramasse en premier. Et il y en a de minuscules qu’on ne retrouve que longtemps après.  » Alors Judith Perrignon part à leur recherche, retrace cette destinée en forme de puzzle qui expose l’Histoire autrement, du côté des oubliés, des invisibles.
Karine Sulpice, Les bons sentiments

Les gyrophares illuminent les visages des badauds, des journalistes et des secouristes dans le froid d’une nuit de Noël. Au milieu de l’agitation, la commandante Maurane Le Queuvre doit garder le cap. Depuis des heures, elle négocie au téléphone avec Julien. Il est juste là, de l’autre côté de la rue, dans les locaux de l’Association pour laquelle il travaille. Avec un fusil à la main et trois collègues en otages. La policière s’efforce de le faire parler, de gagner du terrain sans le brusquer. Au fil de leur dialogue, elle se prend d’affection pour ce jeune homme désespéré qui pensait avoir trouvé sa place au service des plus démunis. Il suffit de peu de choses, finalement, pour qu’une vie déraille. Quelques rancœurs, des désaccords, une querelle autour de la machine à café, et parfois même, des bons sentiments.

Un premier roman qui explore en finesse les mécanismes du burn-out en milieu associatif et rend hommage à celles et ceux qui consacrent leur vie aux autres malgré l’épuisement.

Louis Guilloux-Sulpice | Aliette Armel
Louis Guilloux-Weber | Aliette Armel
Anne Weber, Neuf-trois

Un surprenant roman itinérant qui bouscule les préjugés sur les territoires méconnus de la Seine-Saint-Denis.
En accompagnant son ami Hocine dans ses longues marches à travers le 93, lieu de naissance et de vie de ce documentariste franco-algérien, la narratrice saperçoit qu`elle ne connaît de ce département que les clichés rabâchés par les médias, qui se résument aux cités déglinguées et aux points de deal. D`origine allemande, elle habite pourtant depuis des décennies à deux pas de là, dans le XIXe arrondissement de Paris.
Ensemble, ils vont sillonner la Seine-Saint-Denis, visiter le cimetière musulman de Bobigny situé entre une décharge et une casse de voitures, où est enterré le champion olympique Boughera El Ouafi, et découvrir la maison dans laquelle  » est né  » Astérix, tout près du lieu de mise au jour d`une immense nécropole gauloise. Ils finiront par tomber sur un café, tenu d`une main douce par Rachid, d`origine kabyle, réunissant des hommes et des femmes, des Français  » d’ici ou d’ailleurs « , jeunes, vieux, immigrés, anciens combattants. Un lieu de rencontre qui deviendra le cœur battant du récit
Pendant qu`ils explorent ce territoire profondément marqué par l`Histoire, à commencer par l`époque coloniale et l`Occupation, les deux amis confrontent avec verve et ironie leurs points de vue, chacun enfermé dans le rôle qui lui a été assigné par son milieu de naissance. Mais est-ce une fatalité ? Est-il possible de s`en extraire ?

Neuf-trois
est un roman d`apprentissage, une tentative de s`ouvrir à ce qu`on ne connaît pas, de prendre conscience de ses propres œillères et de s’en défaire.

Références

  • Prix Louis Guilloux 2025 – Département des Côtes d’Armor –  
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